PortraitJournal2 février 20266 min de lecture

Fadma, quatre-vingt-trois tapis en cinquante ans

Chez les Aït Haddidou, elle tisse comme on marche : une ligne par jour de transhumance, brisée les jours de pluie.

Métier à tisser vertical en bois avec un tapis de laine en cours, dans une pièce de terre

Fadma a soixante-sept ans et compte ses tapis comme d'autres comptent les hivers. Quatre-vingt-trois. Le premier, elle l'a noué à dix-sept ans, l'année de son mariage ; elle dit qu'il était laid et qu'elle l'a gardé.

Le tapis comme carnet de route

Sa famille pratiquait la transhumance entre les hauts pâturages et la vallée. Dans ses tapis, chaque ligne correspond à une journée de marche. Les journées de pluie se lisent : la ligne casse, un fil plus sombre traverse, le motif se décale d'un nœud.

« Un tapis qui n'a pas de faute, c'est un tapis qui n'a pas voyagé. »

Une laine qu'elle ne quitte pas des mains

Elle file la laine des brebis de son fils, la lave à l'eau froide, la teint au brou de noix et à la garance. Aucune teinture achetée n'entre chez elle — pas par principe affiché, par habitude : elle n'a jamais aimé l'odeur.

Écheveaux de laine plongés dans un bain de garance fumant, mains d'une teinturière

Ce que ses ventes ont changé

Le tapis des noces manquées a financé une année d'école pour sa petite-fille, fournitures comprises. Sur chaque pièce vendue par Tilart, 52 % du prix lui revient directement.

Vallée liée

Aït Haddidou

Tribus de transhumance. Les tapis y racontent le chemin.

Découvrir le portrait de Fadma

Les pièces de cet article

À lire ensuite